Le terme de kilim regroupe toutes les formes de tissage donc tout ce qui n'est pas noué. Toutes les régions productrices de tapis ont également produits des kilims mais pas toutes avec le même succès. Les plus beaux sont en général tissés par les nomades de Turquie, d'Iran, du Caucase ou d'Afghanistan.

KILIM est un mot d’origine turc dont la prononciation varie selon le dialecte et le pays; comme «KELIM, GILIM, GILAM, GELIM» et contrairement au sens qui lui est donné par beaucoup qui prétendent être des connaisseurs, commerçants, parfois même des spécialistes voir des experts. Le mot KILIM ne désigne pas “ tapis tissé ???, mais une méthode de tissage avec des techniques très variées s’appliquant à plusieurs types d’objets de la vie courante des nomades . Le mot kilim signifie aussi « natte ou boutonner ». Le mot kilim, fut peut-être le premier mot inventé par l’homme pour nommer le mystérieux objet d’art qu’il créa en apprenant à croiser les fibres végétales et animales. Et ce même kilim continue de nous surprendre encore et toujours de la même façon qu’il a surpris ses premiers inventeurs. Cette antique modernité connue sous le nom de « Kilims d’Anatolie » est encore susceptible de nous surprendre avec de nouvelles découvertes. Dans les années 50, on les avait datés du 4ème au 5ème siècle avant J.C. A la lumière de nouvelles recherches scientifiques menées sur l’histoire du kilim, on dit aujourd’hui que la datation remonte aux années 1500 avant J.C. en Égypte ; 2600 avant J.C. en Amérique du Sud et 6500 av. J.C. en Anatolie (Turquie).

Mais les dernières découvertes au Turkménistan peuvent nous ramener jusqu’aux années 14 000 av. J.C., autrement dit, à l’Âge du bronze. Par conséquent, le kilim accompagna l’homme depuis toujours. Tout en élargissant son champ de chasse en passant à la cueillette, l’homme découvrit de nouveaux matériaux, aussi bien pour tisser que pour colorer. Grâce à l’invention des nouvelles techniques et en passant du tissage unicolore au multicolore, le tissage des nomades est devenu un jeu de rivalité entre les tribus. Chacune de ces tribus se différenciaient l’une de l’autre en créant des dessins et des symboles simples à variation sans limite figurant leur propre clan. C’est ainsi que ces dessins et symboles sur leurs kilims leurs permettaient d’avoir une identité tant aussi bien individuelle que tribale.

Comme une œuvre d’art abstraite, les kilims provoquent un choc visuel et l’impact qu’ils ont sur notre sensibilité, nous les fait aimer ou rejeter d’emblée. On ne reste pas indifférent devant un kilim » ​Henri Daumas

Technique : Il s’agit d’une composition réalisée par différentes techniques de tissage simple contour, doubles contours, contours espacés serrés, « cicim (djimdjim), zili , sumak (soumak), etc... La créativité des tisserands d’Anatolie se différencie du reste du monde par une variation de 12000 techniques de tissages répertoriées à ce jour.

Le tissage des nomades d’Anatolie a joué un rôle très important dans leur vie quotidienne, et il leur a permis de préserver leur identité tribale, culturelle et même familiale. Le côté pratique, usuel ou décoratif du tissage poussait le nomade à inventer de nouvelles techniques permettant de produire différentes sortes de kilims à des fins multiples : le kilim les protégeait du froid glacial et des chaleurs caniculaires des hauts plateaux. Les nomades profitaient des kilims pour couvrir les sols, les lits et les sièges ; les kilims à dimensions variées leur servaient de sacs pour stocker et transporter des affaires personnelles, des céréales et différents objets – comme des sacs de selle, de sel et des coussins etc. À travers les kilims, on créait des chefs d’œuvres pour enrichir les cadeaux de mariage et les dotes de jeunes filles à tel point que le kilim est devenu, un moyen d’assurer leur identité et l’avenir financier. Le point le plus fort dans cette diversité de production est que chaque kilim d’Anatolie a quelque chose à communiquer aux autres. Les kilims étaient même porteurs de messages: En effet la jeune fille qui n’avait pas d’autre solution pour s’exprimer pouvait par l’intermédiaire du kilim qu’elle avait tissé en utilisant les dessins, les couleurs et la forme des franges, faire passer de multiples messages, ils reflétaient ses espérances ,si elle était amoureuse, fiancée ou célibataire , etc.

Elle étendait astucieusement le tapis à l’extérieur à la fenêtre de sa maison. Nous pouvons aussi trouver sur les kilims beaucoup de motifs alliés à la fécondité, symbolisant la déesse mère, l’homme et la femme, la vie, les mains sur les hanches et bien d’autres thèmes, grâce à la grande variété des motifs animés par l’infinie variété des couleurs. Ils servent aussi à la transmission de la mémoire collective.

Les dernières découvertes nous montrent que le kilim est né au sein des tribus Altaïques, mais le tissage a connu son essor avec le grand exode de ces tribus vers l’Anatolie. Le croisement pendant le voyage et la cohabitation avec d’autres cultures et surtout pour celles qui s’étaient installées en Anatolie, a conduit le kilim au fil des siècles à devenir un objet d’art à couper le souffle.